La web-revue du Leadership Humaniste, par Pascal Ponty

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Qui sont les « nouveaux travailleurs » ?

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Une fois installés au Remix, toutes ces soit-disant catégories disparaissent et les frontières supposées s’estompent. Il y a simplement des coworkers, qui laissent apparaître des traits, une vision et des usages communs. Bref, une culture.

Source : Qui sont les « nouveaux travailleurs » ? Neuf caractéristiques d’une culture émergente

C’est un article d’ Anthony Gutman, cofondateur de Remix, la plus grande communauté de coworkers à Paris; un article qui a la caractéristique appréciable de s’inspirer, du terrain, de l’observation, du vécu.41lhprmiqul-_sx302_bo1204203200_

Fin du salariat ?

La fin du salariat : on nous l’annonce urbi et orbi, et pour beaucoup le salariat appartient déjà à l’ancien monde ! Elle est théorisée, par exemple par Jean-Pierre Gaudard dans son livre éponyme. D’innombrables articles, ouvrages, interviews nous délivrent ce scoop maintenant un peu rebattu.

Le pacte social entre patrons et salariés, qui reposait sur l’échange « protection contre subordination » a vécu. Les structures hiérarchiques sont discréditées, le pouvoir et l’autonomie des individus prennent le dessus
Jean-Pierre Gaudard

Mais qu’en est-il en réalité ? l’annonce ne serait-elle pas un peu anticipée ?

Objectivement, il est vrai qu’en 2014 (je n’ai pas plus récent), seules 16% des embauches étaient en CDI : le statut de salarié est de moins en moins conforme à ce que les plus de 50 ans actuels ont vécu.
(attention cependant à l’illusion statistique : si j’embauche 10 travailleurs en CDD d’un an, cela fait dix embauches; un travailleur en CDI pour 10 ans, une seule embauche, pour le même volume de travail. J’ai donc 10% seulement d’embauches en CDI, mais 50% des actifs).

La salariat lui-même recule, mais le « stock » des actifs est encore majoritairement salarié (26 millions de salariés pour 2,7 millions non salariés). Aux USA cependant, les non salariés représentent « déjà » 34% de la main-d’œuvre active.

La « digitalisation » du monde est une force importante derrière cette dynamique :  dans les créations d’auto-entreprises, on remarque une forte présence des activités pour lesquelles se développent des plateformes d’intermédiation numérique. Designers, web-designers, marketeurs digitaux, développeurs.. et aussi chauffeurs Uber, livreurs, bricoleurs, etc.

Les indépendants sont donc souvent digitaux; et à l’inverse, les métiers du numérique se développent souvent à travers des statuts d’indépendants. Pas seulement : Cette enquête 2016 sur les professionnels du numérique, intéressante, nous dit que.. 58% des professionnels du numérique sont en CDI, pour 15% en freelance. C’est tout de même plus que la moyenne.

Il y a donc une tendance, sensible, mais pas un tsunami. La « fin » du salariat semble annoncée avec pas mal d’avance…

Exploitation ou choix de vie

Aux Etats-Unis en 2015, plus de 100 000 travailleurs ont été requalifiés en salariés  suite, le plus souvent, à des actions en justice. Un procès collectif a opposé Uber à ses chauffeurs californiens en 2015, sur ce sujet. Il semblerait donc qu’une bonne proportion au moins des « nouveaux travailleurs » de l’économie collaborative, aspire tout simplement à de bons vieux contrats de travail, et à la protection sociale qui va avec! D’ailleurs l’auto-entrepreneur, vu à travers le prisme d’un employeur peu scrupuleux, c’est aussi tout bénéfice en charges sociales, en flexibilité, en rapport de pouvoir sur les travailleurs (l’échange est strictement contrôlé par les contrats de prestations..). Et en plus ils sont contents, tout cela aux frais des comptes sociaux futurs du chômage et de la retraite !

Ceci dit, l’hypothèse syndicale dominante selon laquelle les « nouveaux travailleurs », freelance et équivalents, sont tous sur-exploités, précaires, malheureux – cette hypothèse est inexacte. S’il est utile de mieux les protéger (les réflexions en cours sur le compte personnel d’activité ou le revenu universel vont dans ce sens), il est notoire que nombre d’entre eux sont satisfaits de leur statut, de leur fonctionnement, de leur travail. Je suis le premier a avoir suffisamment expérimenté la relation salariale, pour choisir résolument l’indépendance avec ses risques et ses coûts.

Cette préférence de certains pour l’indépendance est intéressante, car on voit ici apparaitre de nouvelles manière d’apprécier son travail, de le vivre, de gérer les équilibres personnel-professionnel. Effectivement sans doute, de nouvelles cultures professionnelles apparaissent-elles, construites sur un autre rêve, un autre imaginaire que celui de la relation salariale – celle-ci d’ailleurs n’a rien d’un ordre naturel immuable, elle n’est née que de la révolution industrielle et de ses besoins d’organiser le travail de grandes équipes.

Nouvelles cultures professionnelles

Alors, que disent ces nouveaux travailleurs ? l’article d’Anthony Gutman n’a pas de prétention scientifique, il reflète son ressenti qui est positif par construction.

wordleJe me suis amusé à faire ce petit « wordle » de l’article. Beaucoup de mots biens sympathiques…

Au-delà de ce schéma, ce qui me frappe, c’est que l’on retrouve dans ce qui est dit bon nombre de valeurs identiques à celles que les entreprises avancées cherchent à promouvoir  – entreprises libérées, entreprises humanistes, entreprises finalement plus agiles et performantes sur leurs terrains que bien d’autres : l’authenticité, le lien, l’accomplissement, la joie, l’innovation, …

Effet de mode? Je crois pour ma part qu’il s’agit d’une véritable tendance de fond. Les valeurs du travail performant d’aujourd’hui et de demain, sont en gestation et elles émergent partout où on leur en laisse l’opportunité.

Les nouveaux travailleurs n’ont pas la réussite financière comme priorité numéro un. Ils veulent pouvoir dire chaque jour : “Voilà ce que j’ai fait d’extraordinaire aujourd’hui”

Pour poursuivre la réflexion, la phrase citée en tête de ce billet, qui constate que les catégories s’effacent pour faire émerger cette nouvelle culture, me donne une idée saugrenue : et si, dans toutes les grandes structures qui ont tant de mal à coopérer, à communiquer entre « silos », on organisait du coworking interne ??

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