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Management des établissements scolaires : la révolution de l’autonomie

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école d'athènes

Certains d'entre vous verront dans cet article une vision quelque peu utopique du management d'établissements  scolaires secondaires. D'autres auront le sentiment d'un véritable cauchemar. Force est cependant de constater qu'un tel système est d'ores et déjà mis en place dans plusieurs pays.

Source : Management des établissements scolaires : la révolution de l'autonomie (2e partie) | Bruno Magliulo | Pulse | LinkedIn

Cet article de Bruno Magliulo aborde la question de l'autonomie des établissements scolaires, et des conséquences de son développement sur le métier des directeurs d'établissement – d'un rôle de "passeur de règles et d'injonctions", adapté à une conception bureaucratique ancienne, à un véritable rôle de manager.

L'école n'est pas l'objet principal de ce blog, mais l'article est intéressant ici, outre pour son style et son écriture réfléchis (quel bonheur de lire de vrais textes sur la toile..), au moins pour deux raisons.

De nouveaux modes d'organisation, pour l'école aussi

D'abord il montre que les tendances et évolutions rapportées ici abondamment pour le monde de l'entreprise –  vers le développement de l'autonomie à tous les niveaux, vers un management plus participatif, vers une responsabilisation plus grande des managers aussi – sont parfaitement présentes dans le monde de l'enseignement.

Les choses semblent souvent changer plus lentement dans ce monde, mais les forces sociétales y sont les mêmes qu'ailleurs – les personnes sont mieux formées et plus informées, les outils permettent de nouvelles formes de communication et d'échange, les modèles hiérarchiques sont moins légitimes et, surtout sans doute, ce monde de plus en plus complexe n'est plus gérable par des processus normés.

Bon, le monde n'est pas plus complexe en lui-même, la complexité est une construction humaine ; mais nous en avons une appréhension de plus en plus complexe. La gestion par les règles et les procédures, dans de nombreux secteurs, trouve ses limites -et la responsabilisation des personnes, en capacité d'agir de manière adaptée aux réalités du terrain, est la piste actuelle à explorer.

Enfin, il y a aussi sans doute dans cette perception d'une faible évolution du monde de l'enseignement, une distortion de l'image : de nombreuses expériences passionnantes y sont menées sur le terrain sans être bien communiquées, et à l'inverse, nombre d'entreprises derrière de beaux discours sont restées aux stades les plus archaïques de la (non-)coopération et du (non-)management.

Un défi du changement

L'autre dimension qui m'a intéressé dans cet article, concerne cette véritable falaise que notre système éducatif semble opposer à tout projet de changement. Dans la citation en tête de ce billet, on trouve "utopique" une vision managériale somme toute très raisonnable, archi-éprouvée dans le monde de l'entreprise.

La nécessité de changer, de rechercher de bonnes idées et d'engager des actions dans ce but, est justifiée de manière criante par les situations constatées sur le terrain . Avec 140 000 jeunes en échec scolaire chaque année, et alors que les classes moyennes et suopérieures – enseignants compris – ont déserté l'enseignement public, notre école est depuis de nombreuses années en échec partiel et en déclin, chaque année un rapport expert – PISAou autre – nous le redit… Chaque année des voyages d'études sont faits, des expérimentations innovantes réussissent, des idées sont avancées… et ce système ne semble évoluer qu'à la marge, les ministres successifs imposant dans la tragédie à un collectif en résistance des micro-ajustements qui ne portent même plus l'ambition de résoudre les principales difficultés.

Qu'est -ce qui bloque les choses ? Le manque d'argent ? L'absence d'idées ? La résistance d'un "système", défini par des rôles et des postures que chacun défend ?

Que faudrait-il pour faire évoluer ce système"? Plus angoissant, aurions-nous atteint un stade,  où il ne serai intrinsèquement plus changeable ?

Plus généralement et pour sortir du monde enseignant, dans quelles conditions, une organisation devient-elle incapable d'évoluer ? Y-a- t-il des modèles, des recettes, des approches adaptées à débloquer de telles situations ?

Je crois que les organisations dominantes n'ont pas la capacité de changer les bases même de leur identité, de leur fonctionnement. Elles sont justement organisées du mieux possible, pour se maintenir ! Le noyau d'une cellule n'inventera pas les OGM.. Plus concrètement, l'histoire toute récente de l'informatique est parlante :  IBM n'a pas su inventer les mini-ordinateurs, les nouveaux acteurs du "mini" n'ont pas su inventer le micro-ordinateur – IBM lui-même n'a fini par s'y mettre, qu'en créant une organisation dédiée entièrement séparée. Tous ce monde du matériel informatique n'a pas vu la vague du logiciel qui a porté Microsoft, qui lui-même a raté la vague Internet prise par Google – à son tour, en échec dans le monde des réseaux sociaux… Alors,  pour l'école, qui seront les acteurs porteurs de changements ?

Ne minimisons pas la difficulté : pour les directeurs d'école en particulier et pour ne parler que d'eux, évoluer vers plus d'autonomie n'a rien d'évident. "changez tout, mais gardez quand même tout ce que vous faisiez avant, en mieux, et si possible en faisant des économies, et au fait, en appiquant ces quelques nouvelles règles et procédures.." je ne connais pas assez bien ce métier, mais je serais étonné que les directeurs d'établissements y échappent…

De l'autonomie au leadership

Je peux imaginer plusieurs réponses, ou plutôt plusieurs registres de réponses, à ces questions génériques. Les engagés (s'il en reste) diront que c'est une question de volonté politique. Les systémiciens et adeptes de l'école de Palo Alto, proposeront d'engager une discussion sur le système lui-même – une métacommunication, visant à engager un "changement de type 2".  Les syndicalistes diront… ce qu'ils diront. Les promoteurs de l'exploration appréciative, dont je suis, proposeront d'explorer et d'amplifier les expérimentations réussies. Etc…

Au fait, que disent les gens concernés ? Les directeurs d'établissement, les enseignants, les ATOS, les parents, les élèves ? La solution résiderait peut-être en partie dans leur mise à contribution, dans le fait de leur redonner la main, de les laisser construire de nouvelles solutions, en ayant auparavant tracé les cadres de leur mission de service public. C'est eux qui sont directement dépositaires de la mission d'enseignement, au contact des élèves, et non un comité de programmes, un ministère, une centrale syndicale. Une telle démarche de confiance aux acteurs de terrain n'est pas facile, mais aucunement impossible à mettre en oeuvre, progressivement – même si le chantier est gigantesque. Je rejoins ici le message de l'article initial sur l'autonomie, en l'amplifiant : 

il faut donner de l'autonomie aux établissements et à leurs managers, non seulement parce que les choses fontionneront mieux, mais aussi et surtout parce que c'est de ces espaces d'autonomie que pourront émerger les changements nécessaires du système.

Dit dans d'autres mots et pour rejoindre le thème et le titre de ce blog,

il faut donner aux établissements, aux directeurs et aux enseignants la capacité d'execer une forme de leadership , pour régénérer et conduire leur mission éducative.

 

Gros programme ! On commence quand ?

 

PS le tableau en tête de l'article est L’Ecole d’Athènes, une fresque réalisée par le peintre Raphaël entre 1509 et 1510. Musée du Vatican. Cette fresque symbolique présente les figures majeures de la pensée antique.

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