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Le principe de précaution, un concept débile ?

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Dans un article paru dans Libération le 16 septembre dernier, Jean-Pierre Dupuy, philosophe, auteur du « Catastrophisme éclairé », fustigeait le principe de précaution en le qualifiant de concept
débile.

Je ne suis pas sûr que cet article disqualifie à proprement parler le principe de précaution. En effet, la crtitique conceptuelle est limitée au tout dernier paragraphe, somme toute court, et
semble plus portée sur son utilisation.

Pour JP Dupuy, invoquer, pour ne pas agir, le principe de précaution et l’absence d’informations scientifiques, serait complètement fallacieux dans la mesure où il identifie des risques connus et
informés scientifiquement pour lesquelles aucune est prise (pour lui, si la prévention vise des risques mesuré, connus (mesure fournie par la science) , la précaution vise des risques non connus,
non mesurables, purement hypothétiques).

Il n’a pas complètement tort ; l’action et ses arguments manquent de cohérence ; on ne peut d’un côté invoquer l’absence d’informations scientifiques fiables pour bloquer l’action et, de l’autre,
ne pas prendre en compte les informations scientifiques dans les actions (du moins leur absence) en faveur de l’environnement.

Reste cependant, que si l’utilisation du principe de précaution n’est pas cohérente, le concept reste en lui-même intéressant. Il informe sur l’absence de données scientifiques. Toutefois, la
présence de données scientifiques (probabilité) ne donne pas pour autant de certitude. On est toujours dans une situation de décision en incertitude qui dans tous les cas doit reposer sur un
processus « politique », au sens d’une discussion/débat publique.

Pour aller au-delà de cet article, on peut se demander si, du point de vue du management, le principe de précaution est pertinent. En effet, on reste sur une problématique d’une décision en
incertitude ; la présence de données statistiques d’incidents  passés ne change pas grand chose, du moins ne donne pas de certitude (mon parti pris ici est de croire que les informations du
passé ne contienne pas toute l’information sur l’avenir et qu’il ne se reproduit pas nécessairement à l’identique (du moins, d’un point de vue de la moyenne et de l’écart-type)). C’est pour cela
qu’il est essentiel de maintenir un processus de discussion sur les risques entre les acteurs clefs et qu’il ne faut pas sans remettre exclusivement aux mesures statistiques.

 

Je reprends ci-dessous l’articile dans son intégralité, également disponible sur le site de Libération ICI :

Fermeture des aéroports européens après l’éruption du volcan islandais, campagne de vaccination massive contre la grippe A : le principe de précaution, que l’on a invoqué à tout bout de champ,
jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat pour s’en recommander, dans tous les médias ou presque pour l’incriminer, n’a strictement rien à faire avec les cas en question. En l’occurrence, le
principe de précaution a servi de bouc émissaire.
La raison en est que ce principe a été conçu pour gérer le cas de risques purement hypothétiques, dont on n’est même pas certain qu’ils existent, dont on connaît encore moins la probabilité, par
opposition aux risques avérés laissés à la bonne vieille prévention. Or tant les risques liés au volcan que ceux de la grippe porcine ne sont pas moins avérés que les chances de se faire écraser
par une voiture dans le Paris d’aujourd’hui.
L’idée de départ n’est pas mauvaise. Ce n’est pas parce que la science reste partiellement muette face à un risque dont on pressent qu’il est grave que le pouvoir politique devrait attendre que
l’on en sache plus pour se décider à agir. Réduire l’incertitude sur le risque, très bien, mais on risque d’en savoir plus sur le danger une fois qu’il se sera transformé en catastrophe. Il vaut
mieux pécher du côté de la prudence excessive que de celui de la prise de risque inconsidérée. Le politique n’a pas à être à la remorque de la science.
Le principe de précaution est très critiqué et il n’a pu atteindre le niveau constitutionnel que parce que le pouvoir politique est passé outre la très vive opposition de l’establishment
scientifique et industriel. Ce qu’on lui reproche : il bloquerait toute recherche, toute innovation, tout progrès, or il n’y a pas d’avancée humaine sans prise de risque. Les promoteurs du
principe rétorquent qu’il n’a jamais signifié l’immobilisme et que les critiques, mais aussi les premières applications qui en ont été faites, et dont certaines sont délirantes, reposent sur des
contresens radicaux.
Si je suis très critique du principe de précaution, c’est pour de tout autres raisons, essentiellement philosophiques. Pour le dire brutalement : il repose sur une conceptualisation débile. Nul
étonnement à ce qu’il soit appliqué ou simplement évoqué à contresens.
L’OMC refuse d’appliquer le principe de précaution dans tous les cas où le risque ne serait pas avéré. C’est absurde, mais on comprend ce qui motive de telles dérives. Le champ de ce qui n’est
pas avéré est évidemment sans limites. Il n’est pas avéré que la vaccination contre l’hépatite B ne cause pas la sclérose en plaque, ni que les ondes émises par les téléphones portables ne
causent pas le cancer du pancréas, donc la prudence recommande de se garder de ces risques. On conçoit que les institutions en charge d’appliquer le principe essaient désespérément de refermer
les vannes devant la marée puissante qui tente de s’engouffrer dans le vide d’une conceptualisation inexistante. Il ne sera donc pas question d’appliquer le fameux principe si la science n’a pas
cautionné l’existence du risque. Il faut donc que le risque soit avéré.
Ma critique principale porte sur ce présupposé que ce qui empêche les décideurs d’agir, c’est l’incertitude où ils sont tenus par la science sur la gravité, ou même l’existence véritable, d’une
menace hypothétique. Or c’est manifestement faux ! Car même lorsqu’on sait, on n’agit pas. Il y a certes beaucoup d’incertitudes au sujet du changement climatique, mais il y a aussi de fortes
certitudes : si la Chine, l’Inde et le Brésil prennent le même chemin de développement que nous, nous sortons de l’épure, nous basculons tous ensemble dans l’abîme. Or on ne fait rien. Ce n’est
pas le manque de savoir qui nous empêche d’agir, c’est la difficulté que nous avons de transformer le savoir en croyance.

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