La web-revue du Leadership Humaniste, par Pascal Ponty

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roi boit - jordaensDans la course à la présidentielle en France,
on a assisté ces derniers temps à une escalade entre les différents camps pour savoir lequel des candidats remporterait le titre de l’authenticité, en particulier entre Sarkozy et Hollande. Au
regard du nombre d’interventions de part et d’autres, l’enjeu semble important.

L’authenticité serait-elle devenue soudain la vertu cardinale du bon Président ?
A la longue, j’ai perdu le fil de ce match et ne peut dire si l’un des candidats a pu décrocher la palme de l’authenticité. Avant tout, il me semble nécessaire de revenir sur la notion
d’authenticité même et de se demander s’il s’agit vraiment d’une vertu nécessaire au bien diriger.

En creusant quelques définitions et termes voisins appartenant au même champ sémantique (authentifier, inauthentique, faux, copie, duplicité, douteux, incertain, conventionnel, original,…), on
peut identifier quelques pistes d’analyse :

  • L’authentification repose sur une expertise dans le but de certifier l’origine d’un objet, de son auteur ; un candidat authentique serait donc un candidat conforme à son original, à lui-même.
    Peut-être, existe-t-il des clones des candidats et il serait devenu nécessaire d’experts pour s’assurer que l’on a bien à faire à l’original. Trêve de plaisanterie, cela n’est pas le débat
    soulevé par les journalistes et politiques.
  • L’authenticité touche à la personnalité et aux traits de caractère du candidat en supposant que l’on puisse revêtir selon les circonstances des personnalités différentes ; est authentique,
    celui qui est sur scène et devant les caméras, comme dans la vie de tous les jours. Mais, alors, que voulait dire Shakespeare lorsqu’il écrivait (extrait de Comme il vous plaira) : « Le monde
    entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles. »
    . Cette citation mets à mal la notion d’authenticité et fait
    presque une normalité de la multiplicité des rôles, de la duplicité. Cependant, les débats actuels semblent plus vouloir souligner l’écart entre la personnalité affichée devant la caméra et celle
    dans la vraie vie. On peut néanmoins se demander, d’une part, s’il existe des situations (des scènes) où l’on est vraiment soi, et d’autre part, si cela constitue vraiment une qualité, une vertu,
    de savoir que la personnalité affichée est celle de tous les jours. Être authentique, est-ce vraiment vertueux ? L’avare, constant dans ses attitudes, quelle que soit la situation, n’est-il pas
    authentique ? On pourra de la même manière considérer comme authentique celui qui affiche sans retenue un goût immodéré pour l’argent et le luxe ou qui laisse éclater ses colères dans retenue. Et
    celui qui fait preuve de retenue, de timidité ? Doit-il être considéré pour autant comme inauthentique et par voie de conséquence comme non vertueux ?
  • Quant à l’étymologie même du terme, elle remonte au grec et signifiait «qui consiste en un pouvoir, une autorité absolus», d’où les sens de garanti ou d’inattaquabilité qui en découlent. Si
    quelque chose ou quelqu’un est autentique, il en découle qu’on peut lui faire confiance ou, une autre manière de voir, qu’elle est prévisible.

 

Le débat actuel sur l’authenticité des candidats traduit donc peut-être au fond un besoin de confiance, de sécurité ou de prévisibilité ; dans la recherche d’authenticité, la population affirme
son souhait de ne pas être trahie, de ne pas être trompée. Ainsi, si le candidat s’affiche comme un chef, comme un décideur, dans cette phase de parades et de séductions que sont les élections,
il devra se comporter comme tel une fois élu.

 

Sur cette question de l’authenticité, on retrouve les mêmes problèmes que ceux soulevés par l’engagement et la responsabilité, que j’ai pu développer dans mon livre « Socrate, un philosophe au secours de l’entreprise » dans les chapitres 7 et
19, par exemple
.

Alors, finalement, est-ce que l’authenticité est vraiment une vertu, c’est-à-dire une qualité qui va faire qu’un dirigeant sera meilleur qu’un autre ? Pour répondre à cela, il faut s’appuyer sur
la méthode de Socrate que j’ai présentée et identifier les missions qu’on attend qu’il remplisse.

Dans un deuxième temps, Socrate aurait chercher à savoir si cette vertu peut s’apprendre. Pour notre part, du point de l’entreprise, il faudra se demande si elle doit tout autant être attendue
des dirigeants des entreprises.

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justice aveuglePierre-Henri Tavoillot proposait dans le mensuel Philosophie Magazine un article sur la notion de juste. D’emblée, il en pose un des enjeux : « Si la justice revient à attribuer à
chacun ce qui lui revient, il est difficile de satisfaire tout le monde… A quels critères doit-elle répondre dans ce cas ?

Il restreint la notion de justice à « attribuer à chacun ce qui lui revient ». Son approche se concentre plus sur la rétribution que la sanction. Néanmoins, les critères qu’il retient sont 
intéressants et peuvent être également utilisés dans les réflexions menées autour des entreprises sur la répartition de la valeur ou des richesses, en particulier le thème souvent pointé d’une
trop grande préoccupation de l’actionnaire. Ainsi,à partir d’une petite fable « à qui attribuer la flûte » de l’économiste et philosophe, Amartya Sen (Prix Nobel d’économie), PH Tavoillot identifie
dans son article trois critères possibles :

  • Le mérite : la personne qui a passé du temps à fabriquer la flûte ;
  • Le talent : celle qui joue le mieux de la flûte ;
  • Le besoin : celle qui ne possède aucun instrument.

Peut-être, identifiez-vous d’autres critères que l’on pourrait prendre en compte dans les réflexions sur le partage de la valeur.

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MLSVV 1Le court roman de Jean Teulé vous plonge au coeur de
la journée du 16 août 1870 dans le Périgord. En le lisant, j’ai été saisi, par le style de l’écrivain certes, mais surtout par l’histoire qui amène à une réflexion sur les mouvements de foule, et
plus loin sur la décision collective. J’en suis resté perplexe ! Il faut dire que l’histoire proposée par Jean Teulé a réellement eu lieu.

Voici ce qu’en dit l’éditeur :

Nul n’est à l’abri de l’abominable. Nous sommes tous capables du pire ! Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune périgourdin, sort du domicile de ses parents pour se rendre à la foire de
Hautefaye, le village voisin. C’est un jeune homme plaisant, aimable et intelligent. Il compte acheter une génisse pour une voisine indigente et trouver un couvreur pour réparer le toit de la
grange d’un voisin sans ressources. Il veut également profiter de l’occasion pour promouvoir son projet d’assainissement des marais de la région.

Il arrive à quatorze heures à l’entrée de la foire. Deux heures plus tard, la foule devenue folle l’aura lynché, torturé, brûlé vif et même mangé. Comment une telle horreur est-elle possible ?
Comment une population paisible (certes angoissée par la guerre contre l’Allemagne et sous la menace d’une sécheresse exceptionnelle) peut-elle être saisie en quelques minutes par une telle
frénésie barbare ? Au prétexte d’une phrase mal comprise et d’une accusation d’espionnage totalement infondée, six cents personnes tout à fait ordinaires vont pendant deux heures se livrer aux
pires atrocités. Rares sont celles qui tenteront de s’interposer. Le curé et quelques amis du jeune homme s’efforceront d’arracher la malheureuse victime des mains de ces furieux et seule Anna,
une jeune fille amoureuse, risquera sa vie pour le sauver.

Incapable de condamner six cents personnes d’un coup, la justice ne poursuivra qu’une vingtaine de meneurs. Quatre seront condamnés à mort, les autres seront envoyés aux travaux forcés. Au
lendemain de ce crime abominable, les participants hébétés n’auront qu’une seule réponse : « Je ne sais pas ce qui m’a pris. »

Avec une précision redoutable, Jean Teulé a reconstitué chaque étape de cet atroce chemin de croix qui constitue l’une des anecdotes les plus honteuses de l’Histoire du XIXe siècle en France.

Face à ces faiblesses de la décision collective, faut-il privilégier la décision d’un seul ? Ou est-ce pire ? Comment se préserver de telles dérives ?

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degas-edgar-15L’éthique a maintenant ses trophées. Cette
initiative de la fondation Ostad Elahi vise à  récompenser à la fois des travaux de recherche tout autant que des initiatives en matière de formation. L’événement est présenté sur le site de
la manière suivante :

L’éthique est une réflexion sur les motivations de nos décisions et les modalités de nos actes en rapport avec « les autres ».

La réflexion éthique permet d’accroître notre conscience des droits d’autrui (au sens large) et d’agir dans le sens du respect de ces droits et du bien d’autrui. C’est grâce à elle que nous
développons notre humanité : elle nous permet de réfléchir par nous-mêmes, sur nous-mêmes, et sur l’impact de nos actes au-delà des lois, des normes et des mœurs établies. Elle est donc
fondamentale pour construire un avenir plus cohérent et plus juste.

Nombreuses sont désormais les grandes écoles et les universités à avoir pris conscience de cette nécessaire référence à l’éthique. Aujourd’hui, l’éthique se lie à de nombreuses disciplines, par
le biais de leurs programmes, chaires, enseignements, formations ou recherches.

Les trophées seront remis le 19 juin au CNAM à Paris.

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Le-Repas-de-noce-Pieter-Bruegel-l-AncienLe restaurant parisien du 6ème arrondissement, le Procope, organise depuis 2011 des rendez-vous culturels en
partenariat avec le mensuel Philosophie Magazine. Pour sa séance du 24 janvier de 19h30 à 20h45, le thème retenu est la question « Les marchés sont-ils bêtes et méchants ? » avec les interventions
de : Valérie CHAROLLES (Philosophe et économiste) et Paul JORION (diplômé en sociologie et anthropologie sociale-chroniqueur au Monde-Economie), animation par Martin LEGROS, Rédacteur en chef de
Philosophie Magazine.

 

Conférence gratuite sur inscription en fonction des places disponibles : www.philomag.com/procope
Après la conférence, profitez de la gastronomie traditionnelle du Procope, une coupe de champagne vous sera offerte !

 

Dans cette question, en attribuant des traits proprements humains, aux marchés, ne leur attribue-t-on pas un semblant d’humanité ? Ne sont-ils des objets ? In fine, cela pose aussi toute la
question du rôle du collectif face à l’individu que l’on peut retrouver sur des sujets comme la responsabilité, l’engagement,…

 

Si vous avez l’occasion d’aller à cet événement, n’héistez pas à nous faire part de vos impressions sur ce blog.

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vangoghDans son numéro de décembre 2011/janvier 2012, Philosophie Magazine publie un intéressant dossier la connaissance de soi. Ce
thème a traversé l’histoire de l’antiquité à aujourd’hui en passant par : les sages grecs, Socrate, Platon, Saint Augustin, Montaigne, Descartes, Rousseau, Nietzsche, Freud et Sartre. Les deux
interviews de Clément Rosset et de Michel Onfray illustrent bien les écarts entre les différentes approches possibles. Ainsi, pour Clément Rosset, la connaissance de soi est plutôt vouée à
l’échec car il n’est pas possible, selon lui (et bien avant Hume) d’accéder à son identité personnelle. De son côté, Michel Onfray se positionne sur un tout autre terrain ; la connaissance de soi
est plutôt une construction de soi par la volonté. Elle repose sur une rigueur méthodologique qui passe par l’écriture, l’examen de conscience et la pratique. Concernant l’examen de conscience,
il ne s’agit pas de la prescription chrétienne. Il s’agit dans la pure tradition grecque de la mesure de soi : ce que l’on est, ce que l’on se propose d’être, ce que l’on a réussi ou raté, ce qui
reste à faire,… Dans mon livre « Socrate, un philosophe au secours des
entreprises »
, la connaissance de soi est un principe majeur de la méthode socratique. L’approche de Socrate penche plus du côté de la position de Michel Onfray ; néanmoins, il s’agit moins
d’un travail d’introspection que d’une recherche pour identifier ses limites et ses facteurs d’excellence. Au travers de plusieurs questions concrètes du monde de l’entreprise, je montre que
cette approche socratique ouvre des voies nouvelles pour le management et l’entreprise. Ainsi, j’aborde la question du bon dirigeant : qu’est-ce qui fait que l’on va considérer un dirigeant comme
meilleur qu’un autre ? Un autre angle pour aborder la connaissance de soi est la recherche de ce que l’on peut connaître avec certitude ou non, et donc ce qui relève de l’opinion. C’est
fondamental pour le management car en effet, on ne déroule pas les mêmes modalités de gouvernance ou d’organisation suivant que l’on est face à un savoir ou à une opinion ; dans le deuxième cas,
il faut organiser un véritable dialogue au sein des instances de décision.

 

Pour aller plus loin :

NB : l’autoportrait, comme celui de Van Gogh réalisé en 1886, inséré dans cet article, n’est-il pas une autre manière de se connaître soi-même ?

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