La web-revue du Leadership Humaniste, par Pascal Ponty

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La société fluide

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Une société liquide se caractérise par le primat de la relation, de la communication, de la logique des réseaux par rapport à une société solide qui privilégie les institutions et la stabilité géographique

Source : Blog de Chris Delepierre – La société fluide : décryptage d’un monde en mutation

Après mon commentaire d’un article de MPM sur la confiance, un autre texte de réflexion – cette fois, le sujet est plus large puisqu’il touche la société toute entière, avec ce concept de « société fluide » ou liquide. Le concept n’est pas nouveau (2006 semble-t-il, avec Zygmunt Bauman), il me semble cependant utile pour nommer, qualifier de manière évocatrice la phase d’évolution institutionnelle que nous traversons. Restons réalistes, le monde des entreprises et des états reste défini et réglé par les principes bien solides hérités du passé, et pour que tout cela  se liquéfie, il faudra dépenser pas mal de… gaz.

D’ailleurs, et toujours dans ce mouvement de réalisme, un certain nombre d’affirmations de l’article pourraient paraître à certains un peu fumeuses, .

Cependant, en même temps, (j’adhère pleinement à cette formule de style, qui décrit une caractéristique fondamentale du réel), les signes d’une réelle évolution sont multiples.Sur ce site, on lit des dizaines de témoignages d’entreprises, qui ont avec profit évolué d’un fonctionnement vertical traditionnel vers des fonctionnements moins faciles à décrire d’un mot, « libérés » ou simplement plus participatifs, plus bienveillants, plus horizontaux – plus fluides. Dans la société, on vient de voir en France la déconfiture électorale des principales structures partisanes, solidement établies depuis des décennies.

Ma contribution principale dans ce court commentaire, consiste à poser une question : qui a dit que cette société liquide sera meilleure que la précédente ?

L’article cité n’aborde pas cette question, comme d’ailleurs la plupart des sources. Une certaine béatitude semble gagner la plupart des observateurs de la société nouvelle, en réseau, numérique, fluide, bref, cool. Bauman s’exprimait d’ailleurs nettement sur les risques de la société « liquide » : dérégulée et privatisée, la liberté qui y règne mine les filets de sécurité communs.

Dans le monde réel les réseaux sociaux, qui participent de cette fluidité, sont aussi le champ de nouveaux effets de foule, qui peuvent mener à tout – y compris à Trump et à sa post-vérité, ainsi qu’aux mafias poutiniennes. Dans les organisations, la fluidité peut aussi laisser place à l’arbitraire, à l’irrationnel. Les luttes pour le pouvoir, dans le monde liquide, auront d’autres formes mais n’ont aucune raison de devenir plus douces – Poséidon en a bavé, d’après les mythes les plus fiables. D’ailleurs à ce jour les nouvelles forces politiques qui émergent en France, à titre d’exemple, sont très fortement dirigées par des individus charismatiques – c’est aussi le cas des entreprises « libérées »…

Les métiers, les règles, les rituels de l’ancien monde, ont aussi des vertus de protection; et si tout cela disparaît, l’individu se retrouve seul dans l’eau. Et l’eau, quand elle s’agite un peu fort, n’a rien de sympathique. On a d’ailleurs inventé un concept assez utile dans ces situations, le bateau – dont il vaut mieux que la coque soit assez solide.

Ainsi et pour revenir au champ managérial de ce site-magazine, il me semble qu’au delà de l’excitation de la nouveauté et d’un mouvement qui « plait » spontanément, nous devrions nous interroger sur les risque du management nouveau (« fluide ») et les précautions à prendre pour l’installer de manière saine, humaine et efficace. A suivre…

 

 

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