La web-revue du Leadership Humaniste de Pascal Ponty

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Emmanuel Macron, leader humaniste ?

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Je ne m’exprime pas habituellement sur ce blog sur la politique, mais il serait étrange de se forcer à ne pas commenter les réalités du moment – je prends donc le risque des réactions émotionnelles, des jugements, des oukases qui accompagnent aujourd’hui toute expression qui touche à la vie politique.

On voit en effet éclore, dans la marmite du web, de nombreux commentaires sur le génie managérial d’Emmanuel Macron, ses méthodes post-modernes, ses pratiques révolutionnaires (voir par exemple cet article). je me suis posé la question suivante :  Emmanuel Macron est-il un leader humaniste?  – ceci, pour lancer le débat, au sens que je donne à cette expression dans mes publications et dans ma pratique professionnelle.

J’ai précisé mon concept du Leadership Humaniste, dans ce petit article. Pour le résumer de la manière la plus synthétique, en une phrase et un petit schéma :

Le leader humaniste entraîne les autres dans une dynamique positive, c’est-à-dire au service d’une mission légitime et de valeurs humaines exprimées. Il prend en compte avec bienveillance, au cœur de son action, les personnes concernées et ce qu’elles vivent.

L’une des spécificités de ce concept, c’est qu’il n’est pas réductible à des normes : le leadership humaniste peut s’exprimer dans tous les styles, toutes les personnalités. Je ne crois pas non plus qu’on puisse, pour le sujet d’aujourd’hui, l’attribuer ou le dénier à un programme politique plus qu’à un autre – le Front National fait peut-être exception, plus par son identité historique que par son programme lui-même (pour autant qu’il en ait un).

Emmanuel Macron donc, jamais élu, ayant créé son mouvement il y a à peine un an, gagne l’élection présidentielle. Quel traits de leadership a-t-il manifesté ?

  • Plus ou moins bon en meetings, quelquefois même tourné en ridicule, il s’y est fortement investi jusqu’au bout – dénotant une énergie importante, et cherchant à exercer le maximum de charisme dont il est capable – vers la fin de la campagne, certains moments de ses discours m’ont semblé tout à fait bons dans l’attitude corporelle, la concentration du regard, le rythme de la parole, l’affirmation, l’appel aux valeurs.
  • Courage à nouveau dans sa capacité à accepter le contact dans les situations difficiles – l’exemple le plus marquant étant l’épisode Whirlpool.
  • Dans les débats, notamment celui de l’entre-deux tours, il a montré de la force  – il n’a visiblement pas eu peur, ne s’est pas laissé déstabiliser ni entamer, voire a flirté avec une attitude de supériorité.
  • Il a pris énormément de risques, à chaque étape (création du mouvement, démission, maintien du programme sans changement au deuxième tour, appel à la société civile pour les investitures des candidats aux législatives, …). Il a ainsi pris l’initiative, créé la surprise plus souvent qu’à son tour.

Bien sûr, tout candidat à l’élection présidentielle cherche à exercer un leadership. Mais on n’a pas vu Marine le Pen chez les bobos, ni Mélenchon chez les cadres. Fillon et Le Pen avaient de petits problèmes de légitimité. Quant à Benoit Hamon, s’il a gagné les primaires de la gauche sur des réflexions audacieuses – le revenu universel – il s’est trouvé enfermé dans un cocon socialiste qu’il avait lui-même rendu hostile auparavant, et rejeté par le solitaire Mélenchon. Pas assez de prise de risque, peut-être..

Énergie, efforts de charisme, courage, force, prise de risque, légitimité : les composantes essentielles du leadership sont là. Quoi qu’il en soit, Macron a manifestement entraîné. Au vote bien entendu, mais également dans la mobilisation physique de ses supporters – son mouvement a été globalement le plus présent sur le terrain, tout en étant le plus récent.

Quid de la dimension humaniste?

  • il a joué la carte du management participatif – son programme a été co-écrit avec 30000 « marcheurs », bien sûr dans une orientation globale définie au départ.
  • il affirme et pratique la bienveillance – les consignes aux tracteurs et autres bénévoles étaient claires à ce sujet – (« on n’attaque pas sur ce registre, on ne répond pas à la colère, on reste toujours bienveillants »).
  • il met en scène (reportages, émissions, ..)  sa propre humanité : comportement ouvert dans les réunions, capacité d’autocritique ou autodérision, intérêt pour chaque interlocuteur, affection (on se fait la bise au QG Macron), tendresse familiale, mélange des âges (on l’a vu auprès d’enfants, de jeunes, d’adultes, de personnes âgées).
  • il fait appel, dans ce qu’il dit, à la raison.
  • il recherche un équilibre entre les gens ou les idées (droite-gauche, et le fameux « en même temps »).

Bien sûr il peut y avoir ici un effet « communication », bien que j’aie plutôt une impression d’authenticité. A nouveau, chaque candidat cherche bien sûr à « faire humain » – mais Fillon en visite à l’hôpital a paru totalement insensible face aux infirmières surchargées, et Le Pen souffrait d’un ancrage historique franchement peu humain, et qu’elle a choisi de confirmer par son agressivité. Quand à Mélenchon, sa nouvelle et joviale bonhommie n’a pas fait oublier à tous son agressivité toute récente.

Bref, Emmanuel Macron a fait jusqu’ici quasiment un sans-faute sur tous les marqueurs apparents du leadership humaniste – en tout cas selon le concept que j’en ai proposé.

Cela lui suffira-t-il à passer le cap des législatives, à « réussir le plus grand tour de magie du prestidigitateur Macron » (Libération de ce jour) ? Je n’en ai aucune idée. Tout peut échouer au dernier moment : gagner ou perdre les batailles n’a jamais été une garantie pour gagner, ou perdre, la guerre.

Cela suffira-t-il, s’il gagne, à en faire un bon leader ? Je n’en sais bien sûr rien. L’un des risques qui guette les vainqueurs solitaires, car Emmanuel Macron est seul en tête de son mouvement, c’est la concentration des pouvoirs. Un autre risque est la réaction, l’inertie du ou des systèmes – on voit déjà se former un front des râleurs, critiques, douteurs et mécontents de tous poils.

Au-delà des aléas tactiques ou stratégiques, un aspect du « Macron-blitzkrieg » qui me pose question plus particulièrement est son absence d’ancrage idéologique explicite. C’est bien sûr l’une des raisons de sa réussite : en France toute idée génère sa critique la plus violente et passionnée. Il a donc rassemblé les pragmatiques, les actifs, les optimistes, les gens ouverts à la négociation. Mais le pragmatisme ne suffit pas à construire une vision.

En réalité, on pourrait assez aisément rattacher le mouvement En Marche au libéralisme égalitaire de Rawls, au social-libéralisme, ou encore y rattacher la proposition conservatrice-libérale-socialiste de Leszek Kolakowski. On peut bien entendu en appeler à Paul Ricoeur, son maître en philosophie, qui a notamment écrit sur « les trois grands réductionnistes: Karl Marx,  Friedrich Nietzsche et Sigmund Freud« , ainsi que sur l’éthique individuelle et institutionnelle. Le fameux « en même temps » macronien, sonnerait sans doute agréablement aux oreilles de Ricoeur, qui préférait la dialectique aux oppositions. Macron lui-même en dit, et c’est très signifiant au regard de son actualité :

Il a marqué le courant de l’antitotalitarisme. On l’a trop oublié… Enfin, c’est l’un des philosophes d’Europe continentale qui a le plus pensé la philosophie délibérative. Il a réfléchi sur la possibilité de construire une action qui ne soit pas verticale (c’est-à-dire qui ne soit pas prise dans une relation de pouvoir), mais une action qui échappe dans le même temps aux allers-retours permanents de la délibération.

La frustration, c’est que presque rien de tout cela n’est dit ou argumenté en transparence; ce qui permet aux uns de le confondre avec l’ultralibéralisme, aux autres de le relier aux héritages marxistes. On pourrait avancer qu’Emmanuel Macron agit son idéologie et sa vision, plutôt que de la dire. Quand on le suit, on y va de bon cœur, mais on ne sait pas très bien où. Peut-être n’est-ce pas le rôle d’un Président que de philosopher; peut-être aussi, est-on simplement en train d’inventer quelque chose. Le but est le chemin, dit-on..

Affaire à suivre; en attendant et pour revenir au leadership dans un contexte professionnel, j’espère que cet exemple vous aura au moins persuadé que  le leadership humaniste, aujourd’hui, est une posture qui gagne !

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