La web-revue du Leadership Humaniste, par Pascal Ponty

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Elections US : leadership à la dérive ?

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Comment a-t-on pu en arriver là ?

Les électeurs US ont osé : ils ont élu, avec d’ailleurs moins de voix que sa rivale, un bien étrange futur Président. Une campagne d’une agressivité inouïe, un vote en forme de concours de détestation, un élu obligé d’affirmer « n’ayez pas peur », après l’avoir générée à l’envi …

Les consultants et les coachs ne font pas de politique, mais aujourd’hui j’ai souhaité porter un regard particulier sur cette élection, inspiré des principes du Leadership Humaniste tels que j’essaie de les défendre sur ce site et dans mon activité professionnelle.

Leadership Humaniste ? Une synthèse du concept, sur mon site pro

J’aborderai trois questions :

  • Qu’est-ce qui cloche, dans ces élections américaines de 2016 ?
  • En quoi le modèle du Leadership Humaniste, permettrait-il d’éclairer cette situation ?
  • A notre niveau, cher lecteur, quelles leçons en tirer  ?

Toute analogie éventuelle avec des situations existantes, que ce soit dans nos organisations de travail, dans notre vie sociale, ou même dans la vie politique française, sera bien sûr purement fortuite et donc, potentiellement pertinente…

Qu’est-ce qui cloche ?

Pas d’analyse politique ici, et j’essaie de rester neutre. Mon observation ne porte pas sur les programmes, mais sur les processus de cette campagne, la manière dont elle s’est déroulée, et sur les signification véhiculées par ces processus. Quelles valeurs les candidats ont-ils mis en avant, exprimé, porté ? Quelle vision ont-ils proposé à leur nation ? Quelle a été la qualité de leurs échanges ?

Quelques observations :

Côté républicain

La France a abondamment frémi des excès de la campagne républicaine :

  • Des valeurs d’exclusion (« nous » contre « eux »), de violence, d’individualisme
  • Un personnage narcissique, individualiste à l’extrême, et qui affirme sa supériorité personnelle
  • Une vision simpliste du monde et de la réalité (on se fiche du réchauffement climatique…)
  • Un programme flou, paradoxal  : baisser les impôts (des riches), augmenter les dépense (militaires), réduire le déficit…
  • Une dynamique de destruction (de l’état trop lourd, des accords commerciaux, des règlementations, …)
  • L’agression constante de sa rivale sur le plan personnel, y compris en menaçant de l’emprisonner

Alors, qui a-t-il attiré et pourquoi ? Les américains sont-ils bêtes en si grand nombre ? Est-ce la vengeance des déclassés,  le rejet du système, la peur du progrès ?  Sans doute, et de manière complexe : les gens qui ont peur se rallient à celui qui fait peur, et ceux qui rejettent le système élisent un de ses purs ou pires produits… les  chats sont fascinés et attirés par les phares de la voiture sur la route. Mais prenons un peu de distance : il a aussi  su incarner aux yeux des électeurs, une expression excessive de valeurs qui sont légitimes : l’identité, la force, l’énergie, la fierté, le courage,  le changement, le rejet des injustices.

Côté démocrate

Les américains n’aiment pas Hillary Clinton… Ne la percevant qu’à travers le vernis des media français, je remarque que :

  • Les valeurs de la raison et de la solidarité sociale, qu’elle exprime, sont voilées par une impression d’arrogance, de calcul, de manipulation
  • Son discours humaniste n’est pas raccord avec sa situation personnelle de patricienne
  • La vision qu’elle incarne, qu’elle le veuille ou non, est celle de la survie du « système » qui a généré une société incroyablement inégalitaire, qui s’est laissé conduire par la finance mondiale, qui n’a pas de boussole morale… et que son propre époux a nourri lors de sa présidence
  • Elle n’a pas proposé de changement marquant : ce qui a amené la société américaine là où elle est, dans tous ses aspects positifs et négatifs, eh bien.. on va le continuer.
  • Ses rares propositions « sociales » on été copiées-collées dans l’urgence depuis le  programme de Bernie Sanders, qu’elle a d’ailleurs battu d’une manière contestable.
  • Dans les débats, sa supériorité intellectuelle a du faire enrager les gens qui en ont assez de se sentir inférieurs. Certains ont préféré s’associer au cancre !

Valeurs entachées d’un doute, projet immobile, manque d’empathie … Ça n’a pas fonctionné. Sur le fond, on a vu l’expression immobile et peu convaincante, de valeurs qui pourtant sont ici aussi légitimes: la raison, l’équilibre, la solidarité …

Au final, nous héritons d’un gouvernement US animé par une équipe de gangsters plus ou moins cinglés, ignares et agressifs. Ceci dit, nous sommes aujourd’hui en période de formation de l’équipe de gouvernement, et pas mal d’eau a déjà coulé dans le gros rouge du Trumpisme… A mon avis, il peut encore faire de belles taches. A l’inverse, rien ne dit que la présidence Clinton aurait été pacifique et sympathique pour le monde, ni pour la classe populaire américaine : rien ou presque dans son programme ne s’attaquait à sa paupérisation, à la désintégration qui suit les pertes d’emploi, à la violence (y compris policière) qui règne, à la dictature de la finance.

Quoi qu’il en soit de l’avenir, nous avons vu :

  • des dirigeants qui incarnent des valeurs légitimes, mais soit dans un excès, soit dans une insuffisance : c’est un concours entre agressivité destructrice et immobilisme.
  • un dialogue essentiellement négatif, en agressions et défenses.
  • des discours qui n’ont que peu à voir avec la réalité de ce qui sera fait : Trump dit tout et son contraire dans la même phrase, Clinton est plus cohérente mais sait parfaitement que le congrès américain lui liera les mains.
  • un gagnant élu avec moins de voix que la perdante.

Alors oui, il y a quelque chose qui cloche..  Si c’est une démocratie, elle n’est pas en bonne forme; si c’est un exercice de leadership, il n’est pas convaincant.

Destruction contre immobilisme

La situation peut être reconnue dans la « diagonale orange » du schéma ci-contre, qui résume quelques concepts du Leadership Humaniste  :

  • un positionnement essentiellement agressif
  • un positionnement essentiellement immobile

Cependant, ces deux positionnements en dérive expriment d’une manière excessive, des positionnements sains. C’est un regard spécifique du Leadership Humaniste : la plupart des excès, des dérives peuvent être rattachés à une impulsion de vie positive, même si elle est déformée. L’agressivité de Trump se construit sur un excès de courage, d’énergie, de force; l’immobilisme de Clinton est un excès d’équilibre, de raison, de solidarité sociale.

Que nous apporte ce regard, cette présentation des choses ? D’abord un point de vue élargi. L’élection US est incompréhensible ou terrifiante, si l’on n’y voit qu’un combat gagné par la bêtise contre la raison, par la méchanceté contre la solidarité. Elle est plus interprétable si l’on comprend que le besoin de leadership est vital pour l’homme.

En absence d’un leadership riche de sens, et surtout lorsque beaucoup sont insatisfaits de leur vie, la société choisit n’importe quel leadership , même excessif , même destructeur, plutôt que pas de leadership du tout. L’humanisme démocrate traditionnel n’étant plus incarné dans un projet convaincant ou mobilisateur , la moitié de l’électorat a choisi le projet de démolition.

D’ailleurs, je comprends que Trump n’a pas eu plus d’électeurs que ses prédécesseurs républicains – c’est Hillary Clinton qui n’ a pas mobilisé.

Sur ce schéma, rien n’oblige un leader à se positionner en un point; on peut exprimer du Leadership ET de l’Humanisme.

La diagonale du bleu

Peut-on imaginer à quoi ressemblerait une proposition de Leadership Humaniste, dans cette situation ? Bien sûr, non – le Leadership Humaniste n’est pas une norme. Et puis, le sujet me dépasse.

Ce que propose ce modèle, c’est de chercher du côté de la « diagonale bleue » : Moins d’agressivité d’un côté, plus de mouvement de l’autre; plus de solidarité  d’un côté, plus de courage de l’autre; plus de raison d’un côté, plus d’inititiative de l’autre… On aurait voulu un projet solidaire ET énergique, rationnel ET en mouvement !

La voie du Centre ? Pas si l’on recherche le centre « au milieu », là où les énergies s’annulent; oui si l’on cherche le centre partout, dans l’addition des valeurs positives.

En France, la situation est loin d’être très différente. A droite, jusqu’ici, j’ai surtout entendu des discours de détricotage, démolition, casse. A gauche, j’ai surtout entendu… rien. Les candidats sont beaucoup plus polis chez nous, mais ils attirent les mêmes fantasmes illusoires : résoudre les problèmes, soit en cassant la voiture, soit en se cachant la tête dans le sable.

Aux échelles que vous et moi vivez au quotidien, dans les entreprises, les équipes, les structures administratives ou associatives, qu’est-ce que tout cela nous dit ? La force, l’énergie, la « rupture » poussées à l’excès ne mènent à rien de bon, elles finissent par rétrécir l’esprit et par briser les contrats relationnels, le sentiment d’appartenance, la loyauté. La solidarité, l’attention aux autres, la raison équilibrée, lorsqu’ils sont érigés en absolus, finissent par nous étouffer. La quête de notre époque est celle d’un leadership exigeant et bienveillant, d’un humanisme sans concession aux impératifs des réalités.

Les hommes et les femmes ont, semble-t-il, un besoin vital de leadership humaniste. Privés de cette proposition ils sont capables, et c’est la leçon que je tire de cette bien triste élection US, d’en rechercher les bribes les plus caricaturales. Dirigeants, managers, vous êtes nos « fournisseurs de leadership » : à vos responsabilités !

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