La web-revue du Leadership Humaniste, par Pascal Ponty

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Du sérieux sur le bonheur au travail

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rawpixel / Pixabay

Alors, le bonheur, ça rapporte  ?

Comme de nombreux auteurs humanistes j’ai  souvent affirmé le lien entre bonheur et performance,  par conviction ou par choix plutôt que sur la base de données précises.

Voilà deux études sur le sujet, qui font avancer la réflexion. Elles ont en commun d’allier la rigueur méthodologique avec les contributions de spécialistes crédibles, qui ont travaillé depuis longtemps ce sujet du bonheur au travail .

Le bonheur au travail, tout le monde y gagne

Une étude de Robert Half

Le bonheur est plus qu’une humeur. C’est le profond sentiment de satisfaction et d’importance qu’on éprouve lorsqu’on est performant, qu’on aide un collègue, qu’on est reconnu pour son travail ou toute autre activité quotidienne similaire.

La première étude est publiée par un cabinet de recrutement, Robert Half, avec le concours de Happiness works (leurs convictions sont dans le nom..) et d’Ilona Boniwell, grand nom de la psychologie positive. Son résumé en PDF apparaîtra en cliquant sur ce lien..

Cette étude cherche à identifier « ce qui compte vraiment pour les salariés« , sur la base d’une enquête portant sur 2000 salariés français, et « les mesures spécifiques que les employeurs peuvent prendre pour augmenter la satisfaction de leurs effectifs. » Vaste programme !

Elle offre de nombreuses informations. Je retiens en particulier :

  • Le bonheur au travail est maximal jusqu’à 34 ans, il décroit ensuite. Usure ? Prise de conscience avec l’âge des limites, des carrières que l’on ne fera pas ? Ou encore, changement d’époque ?
    Quoi qu’il en soit, la question du bonheur au travail se pose dans la durée. Se motiver pour progresser, relever des défis, donner le maximum – beaucoup de discours traditionnels sur la motivation nous amènent sur ces registres -, ça fait du bien mais pour combien de temps ?
    Au fait : l’étude nous dit que cette pente, le bonheur diminuant avec l’âge, ne se trouve qu’en France : les autres pays montreraient la pente inverse. Des explications ?
  • Les trois principaux leviers du bonheur au travail :
    • Être traité équitablement et respectueusement.
    • Le sentiment d’accomplissement.
    • Être fier de son entreprise
    • .. et le petit « plus » des seniors (au-delà de 55 ans) : ils sont les seuls à mentionner « se sentir libre! » (je souscris)
  • On est plus heureux dans les ETI (250à 1000 salariés) que dans les multinationales : archi-complexités, globalisation, distance aux dirigeants…
  • Les salariés sont bien conscients que le bonheur est une responsabilité collective :

    A peine plus d’un sur dix considère que son bonheur au travail relève de son unique responsabilité. Seulement 9 % estiment que leur bonheur est entièrement entre les mains de leur patron.

Mais pourquoi diable, le bonheur serait-il source de performance ? Plusieurs spécialistes s’expriment dans l’étude. Selon le docteur Christine Carter par exemple, les salariés qui éprouvent beaucoup d’émotions positives possèdent des ressources stratégiques que les autres n’ont pas : « Ils ont plus facilement accès aux zones du cerveau liées à l’innovation, la créativité et l’empathie. De plus, ils fonctionnent bien mieux en équipe car leur intelligence relationnelle augmente considérablement ».

Etude sur le bonheur au travail des Français

Réalisée par l’institut Think pour la Fabrique Spinoza

La Fabrique Spinoza, pour ceux qui ne connaissent pas encore, c’est le « think-tank du du Bonheur Citoyen » ! Ce sont eux qui ont inventé, et mesurent régulièrement, le « PIB du bonheur », qui organisent l‘Université du Bonheur au Travail...

613 salariés ont été interrogés dans cette étude, suivant une méthode de quotas statistiquement représentative. L’étude et son compte rendu sont assez détaillés (à voir en cliquant ici); j’y remarque en particulier :

  • une satisfaction au travail très très moyenne  : sur les 20 critères utilisés pour évaluer le bonheur au travail, aucun n’emporte de score de satisfaction supérieur à 55%. Le score moyen, autour de 50%, est inférieur de plus de dix points au score concernant la vie individuelle : on est nettement moins bien au travail que « en général ». Évident ? Le travail se voulait épanouissant…
  • la première source de satisfaction : « Mon travail contribue à donner du sens à ma vie »
  • les sources d’insatisfaction le plus importantes (pourcentages de satisfaits significativement au-dessous de 50% ) : le management, le sentiment de liberté, les relations humaines, le fait d’être associé aux décisions.. et la rémunération.
  • une bonne corrélation avec des critères sociaux : pour être heureux, il vaut mieux être cadre, CSP+, et bien payé! Le rédacteur évoque un véritable clivage :

la thématique du bonheur au travail, aux yeux des plus démunis, apparaît comme une utopie, voire une provocation ou même une négation.

Le ton moins positif de cette deuxième étude est sans doute lié à sa méthodologie : dans la première étude, on cherche spécifiquement les leviers pour aller bien; dans la seconde, on mesure froidement les perceptions et l’état des choses. Les deux se recoupent sur le terrain du management, concerné à la fois comme source d’insatisfaction et comme levier de progrès : il ya du pain sur la planche !

Alors, le bonheur au travail, ça rapporte ?

Petite déception : ces études permettent d’enrichir, de préciser ce que l’expression « bonheur au travail » peut recouvrir; mais comme d’autres, elles ne font pas une « preuve » inattaquable de ce lien entre bonheur au travail et performance. Tant le bonheur que la performance, sont des concepts bien difficiles à définir et à mesurer.

Pour moi, le bonheur au travail est une fin en soi, et sa recherche est une décision morale, non pas une variable d’optimisation. La performance est une autre variable, nécessaire bien entendu à la vie des organisations, et qui peut être liée au bonheur – peut-être d’ailleurs à double sens, la performance rend heureux autant que le bonheur rend performant…

Pour poursuivre sur ce sujet, voici une récap des principaux articles publiés ici sur le sujet – et qui eux-mêmes pointent vers de nombreuses sources de qualité :

Peut-on, doit-on, être heureux au travail ? / France Inter

 

On a trouvé la clé du bonheur au travail… en Suède

La place du bonheur au travail

La qualité de vie au travail : un levier de mieux en mieux reconnu

La joie, un moteur pour changer

 

Une belle bibliographie sur le bonheur, à nouveau par La Fabrique Spinoza

 

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