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Ces entreprises qui positivent !

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Article paru dans l’EXPRESS du 13 juillet 2011
« Ces entreprises qui po-si-tivent »par Vincent Olivier, publié le 13/07/2011 à 12:26

La psy s’invite dans l’univers du travail. Séance à Bordeaux où, pour préparer ses troupes à une fusion, une société a fait appel à des thérapeutes très à l’écoute.
Il a beau faire un soleil radieux à Bordeaux ce matin de juin, dans la salle, l’ambiance est plutôt fraîche. En lieu et place des 80 personnes espérées, seule une petite trentaine d’employés s’est effectivement déplacée pour cette journée de travail, consacrée à la fusion prochaine de leur entreprise d’agroalimentaire de Gironde avec une autre société, de taille et d’activité comparables. Face à eux, Jean-Christophe Barralis et Nadia Karaboulkov. Leur job:faire passer la pilule et amener les uns et les autres à prendre cette nouvelle phase du bon côté, en retenant ses aspects positifs. Ce n’est pas gagné : la méfiance plane sur l’assemblée.
Jean-Christophe Barralis l’avait bien senti la veille: « Demain, il va falloir s’accrocher. Et être hyperpositif. »
Une méthode importée des Etats-Unis
Ça tombe bien: chez ce psychothérapeute de 45 ans, plutôt beau gosse et enthousiaste, « être positif » semble aller de soi. En 2009, il a créé l’Ifai, l’institut français d’appreciative inquiry (en français, « démarche appréciative ») : une société de consultants dont le mode d’action s’inspire directement du concept de « psychologie positive », importée des Etats-Unis par Jean Pagès, psychologue et ancien DRH, cofondateur de l’Ifai. Le principe est séduisant, même s’il est à des années-lumière de l’esprit critique français: partir de ce qui va bien, plutôt que chercher à résoudre ce qui ne va pas. « On se situe résolument du côté du désir, de la vie, explique le coach. Pas dans une approche équilibrée entre avantages et inconvénients. »
La méthode repose sur des bases bien codifiées. Rencontre avec les dirigeants, constitution d’un « groupe pilote » avec les salariés les plus motivés, définition précise des attentes du personnel et création d’ »équipes projet » pour mettre en oeuvre les recommandations définies.
Sans oublier le « petit truc en plus » de l’Ifai:pendant une matinée, les salariés s’organisent en binôme, chacun racontant à l’autre une expérience positive, une « histoire personnelle réussie » au sein de l’entreprise. L’après-midi, lui, est consacré à la restitution, en commun, de toutes ces histoires. Le but:favoriser l’émergence de la notion de collectif chez les salariés, leur faire prendre conscience qu’ils partagent souvent, et sans le savoir, les mêmes valeurs. Des valeurs qui déboucheront sur des recommandations pratiques et serviront de socle aux réorganisations futures.Plus de critiques, des « points en retrait » Las! Lorsque Jean-Christophe et Nadia proposent aux participants de tenter l’expérience, ça renâcle sec. « A quoi ça va servir, cette réunion? » râle Joseph, du haut de ses vingt-trois ans d’ancienneté dans la boîte. Jean-Christophe ne bronche pas, reprend la parole. Quelques remarques valorisantes pour ceux qui se sont déplacés, puis il enchaîne, en vrai pro de la « reformulation positive »: les critiques émises deviennent des « points en retrait »; les salariés négatifs, « des exigeants qui vont apporter de la robustesse au projet »; au lieu de décloisonner, on « s’ouvre »; un échange « sans rancoeur ni injustice » est « équitable, juste et réciproque ».
C’est ainsi que se pratique, concrètement, la psychologie positive. Avec succès: de 180 000 euros de chiffre d’affaires en 2009, l’Ifai est passé à 250 000 cette année et vise les 500 000 euros d’ici à deux ans. Michelin, l’ANPE, Saint-Gobain, la Caisse d’allocations familiales, notamment, ont fait appel à l’Ifai. Même la Marine nationale. A l’issue de l’expérience, le directeur de cabinet du chef d’état-major envoyait d’ailleurs ce mot de remerciements à l’Ifai:
« Nous n’avions ni besoin ni envie de nous prendre la tête avec des concepts de consultants parisiens ; vous avez su nous prendre par le bas (raconter des expériences et histoires personnelles) plutôt que par le haut, et votre méthode était la bonne. »
Mais ce jour-là, à Bordeaux, la confiance tarde à venir. Le duo joue son numéro. A Nadia les relances verbales, le sourire, l’empathie. A Jean-Christophe le recadrage et les formules flatteuses – « Qui, mieux que vous, sait comment il faut s’organiser? » Petit à petit, les barrières tombent et même les opposants déclarés commencent à s’amadouer. Résultat: une heure plus tard, chacun trouve une expérience à partager avec son voisin. Y compris Joseph, le récalcitrant, avec son accent rocailleux. Au fil des minutes, les mêmes mots reviennent, que Nadia consigne soigneusement dans un grand cahier : intégrité, qualité, passion, solidarité. Ils serviront de base pour que les participants définissent ensemble le « projet commun » qui sera proposé à l’ensemble du personnel à la rentrée de septembre.
Arrive le dernier exercice: Nadia propose à chacun des membres de prendre, parmi la trentaine de cartes postales disponibles, celle qui correspond à son état d’esprit présent.
Joseph se lance et choisit un phare en pleine mer: « De toute façon, cette fusion, il va bien falloir la faire. » Ce même Joseph qui, bougon, trois heures auparavant, se demandait à voix haute: »Mais qu’est-ce qu’on fout là ? »
Un rapport du ministère du Travail, faisant un bilan qualitatif des accords sur le stress au travail conclus en 2010, souligne l’établissement d’axes de travail communs, mais peu de véritables plans d’actions, et déplore la faible implication des directions générales. afp.com/Pascal Pavani
Mais ce jour-là, à Bordeaux, la confiance tarde à venir. Le duo joue son numéro. A Nadia les relances verbales, le sourire, l’empathie. A Jean-Christophe le recadrage et les formules flatteuses – « Qui, mieux que vous, sait comment il faut s’organiser? » Petit à petit, les barrières tombent et même les opposants déclarés commencent à s’amadouer. Résultat: une heure plus tard, chacun trouve une expérience à partager avec son voisin. Y compris Joseph, le récalcitrant, avec son accent rocailleux. Au fil des minutes, les mêmes mots reviennent, que Nadia consigne soigneusement dans un grand cahier : intégrité, qualité, passion, solidarité. Ils serviront de base pour que les participants définissent ensemble le « projet commun » qui sera proposé à l’ensemble du personnel à la rentrée de septembre.
Arrive le dernier exercice: Nadia propose à chacun des membres de prendre, parmi la trentaine de cartes postales disponibles, celle qui correspond à son état d’esprit présent.
Joseph se lance et choisit un phare en pleine mer: « De toute façon, cette fusion, il va bien
falloir la faire. » Ce même Joseph qui, bougon, trois heures auparavant, se demandait à voix haute: Mais qu’est-ce qu’on fout là ? »

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