La web-revue du Leadership Humaniste de Pascal Ponty

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Posts by : Pascal

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Hier, le management était simple ! (suite…)

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« Lorsque tout va bien, les fous sont dans les asiles, en temps de crise ils nous gouvernent. » [Carl Gustav Jung]

Les gens de pouvoir sont-ils normaux ? (suite…)

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Peu de temps après mon article sur le management public, un article des Echos me donne l’occasion de rebondir  : Une étude inédite trace les contours du leadership public . L’article m’a amené – après un petit jeu de piste, ça serait bien que les Échos fassent le lien vers leurs sources – à cette étude, conduite par des chercheurs de l’Edhec sous la direction de Valérie Petit et avec le cabinet convictions RH : Promesses et paradoxes du leadership public : une étude sur les dirigeant.e.s de la sphère publique (pdf complet). Un bon résumé est également publié ici, sur le site de l’Edhec.

En quoi le leadership dans le public est-il différent du leadership tout court? Contrairement peut-être à quelques idées reçues, l’étude le réaffirme : il faut plus de leadership à un dirigeant public qu’à un dirigeant privé :

Du fait du peu de marge de manœuvre en matière de gestion des ressources humaines, les qualités personnelles et relationnelles, c’est à dire de leadership des managers publics, deviennent l’un des derniers leviers d’action les plus efficaces pour motiver et engager les agents.

J’ajouterais pour compliquer la tâche, s’il en était besoin, que l’administration publique gère aujourd’hui une hyper-complexité, difficilement imaginable de l’extérieur et frappante pour celui qui la découvre avec l’expérience du privé. Les règlementations elles-mêmes sont hypertrophiées, et globalement non discutables. Les liens de gouvernance sont multiples. Les rigidités sont grandes, alors que les changements et mouvements s’accélèrent, tout cela dans un contexte de tension budgétaire… Bienvenue dans le monde de la double (au moins) contrainte ! (j’aimerais un jour lire un regard sociologique sur cette vague de complexification, et surtout sur ses remèdes…)

C’est plus difficile pour le manager public, que [pour les managers de] la sphère privée parce que les finalités sont plus complexes, plus multiples et que les critères de pilotage aussi sont plus complexes et plus multiples.

En même temps, la culture et les vocabulaires de l’administration publiques induisent une timidité, une pudeur devant la notion même de leadership. Le fonctionnaire, quelle que soit sa hauteur, est au service (de l’Etat, de la représentation politique, du droit..). Sa personne s’efface devant ses missions. Et en plus, le mot leadership est anglais ! Perfidie en vue…

Alors, quelles ressources, quelles postures pour les dirigeants publics ? Lisez l’étude dans son détail, mais très globalement, j’en fais la synthèse suivante :

Alors que les dirigeants de l’action publique se concentrent sur l’organisation et le contrôle technique du travail de leurs équipes, leurs subordonnés attendent autre chose : de l’attention au développement des personnes et des équipes, de la communication, de la protection – bref, du leadership.

Cette conclusion entre assez directement en résonance avec ma propre recommandation, portant plus généralement sur le management public : « il faudra consentir un effort majeur pour la montée en compétences d’un véritable corps managérial de l’action publique« .

L’administration publique est un système de dimensions vastes, et des changements vers plus de leadership, plus de management n’auront lieu qu’avec des évolutions structurelles lourdes – concernant l’exercice des responsabilités et des délégations, les rôles des directeurs adjoints, les outils de la reconnaissance, les statuts, etc. Gros chantiers! Mais chantiers passionnants, de par les valeurs du service public et de l’intérêt général qui restent bien vivantes, au cœur de toutes les administrations en France.

Pour picorer un peu

Dans un style un peu moins approfondi, mais tout à fait sérieux sur le management public :

Bien sûr, il n’y a absolument aucun lien entre ces deux sujets, autre que le management public – toute analogie entre les personnes citées serait purement fortuite.

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Jacques Tati – Playtime

Il y a quelques mois à peine, on l’aurait dit impossible : rajeunir la classe dirigeante français, dépasser le clivage gauche-droite, exploser les deux plus grands partis… Alors, poussons l’avantage : et si l’on réinventait aussi le management public ?

(suite…)

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Une société liquide se caractérise par le primat de la relation, de la communication, de la logique des réseaux par rapport à une société solide qui privilégie les institutions et la stabilité géographique

Source : Blog de Chris Delepierre – La société fluide : décryptage d’un monde en mutation

Après mon commentaire d’un article de MPM sur la confiance, un autre texte de réflexion – cette fois, le sujet est plus large puisqu’il touche la société toute entière, avec ce concept de « société fluide » ou liquide. Le concept n’est pas nouveau (2006 semble-t-il, avec Zygmunt Bauman), il me semble cependant utile pour nommer, qualifier de manière évocatrice la phase d’évolution institutionnelle que nous traversons. Restons réalistes, le monde des entreprises et des états reste défini et réglé par les principes bien solides hérités du passé, et pour que tout cela  se liquéfie, il faudra dépenser pas mal de… gaz.

D’ailleurs, et toujours dans ce mouvement de réalisme, un certain nombre d’affirmations de l’article pourraient paraître à certains un peu fumeuses, .

Cependant, en même temps, (j’adhère pleinement à cette formule de style, qui décrit une caractéristique fondamentale du réel), les signes d’une réelle évolution sont multiples.Sur ce site, on lit des dizaines de témoignages d’entreprises, qui ont avec profit évolué d’un fonctionnement vertical traditionnel vers des fonctionnements moins faciles à décrire d’un mot, « libérés » ou simplement plus participatifs, plus bienveillants, plus horizontaux – plus fluides. Dans la société, on vient de voir en France la déconfiture électorale des principales structures partisanes, solidement établies depuis des décennies.

Ma contribution principale dans ce court commentaire, consiste à poser une question : qui a dit que cette société liquide sera meilleure que la précédente ?

L’article cité n’aborde pas cette question, comme d’ailleurs la plupart des sources. Une certaine béatitude semble gagner la plupart des observateurs de la société nouvelle, en réseau, numérique, fluide, bref, cool. Bauman s’exprimait d’ailleurs nettement sur les risques de la société « liquide » : dérégulée et privatisée, la liberté qui y règne mine les filets de sécurité communs.

Dans le monde réel les réseaux sociaux, qui participent de cette fluidité, sont aussi le champ de nouveaux effets de foule, qui peuvent mener à tout – y compris à Trump et à sa post-vérité, ainsi qu’aux mafias poutiniennes. Dans les organisations, la fluidité peut aussi laisser place à l’arbitraire, à l’irrationnel. Les luttes pour le pouvoir, dans le monde liquide, auront d’autres formes mais n’ont aucune raison de devenir plus douces – Poséidon en a bavé, d’après les mythes les plus fiables. D’ailleurs à ce jour les nouvelles forces politiques qui émergent en France, à titre d’exemple, sont très fortement dirigées par des individus charismatiques – c’est aussi le cas des entreprises « libérées »…

Les métiers, les règles, les rituels de l’ancien monde, ont aussi des vertus de protection; et si tout cela disparaît, l’individu se retrouve seul dans l’eau. Et l’eau, quand elle s’agite un peu fort, n’a rien de sympathique. On a d’ailleurs inventé un concept assez utile dans ces situations, le bateau – dont il vaut mieux que la coque soit assez solide.

Ainsi et pour revenir au champ managérial de ce site-magazine, il me semble qu’au delà de l’excitation de la nouveauté et d’un mouvement qui « plait » spontanément, nous devrions nous interroger sur les risque du management nouveau (« fluide ») et les précautions à prendre pour l’installer de manière saine, humaine et efficace. A suivre…

 

 

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Je ne m’exprime pas habituellement sur ce blog sur la politique, mais il serait étrange de se forcer à ne pas commenter les réalités du moment – je prends donc le risque des réactions émotionnelles, des jugements, des oukases qui accompagnent aujourd’hui toute expression qui touche à la vie politique.

On voit en effet éclore, dans la marmite du web, de nombreux commentaires sur le génie managérial d’Emmanuel Macron, ses méthodes post-modernes, ses pratiques révolutionnaires (voir par exemple cet article). je me suis posé la question suivante :  Emmanuel Macron est-il un leader humaniste?  – ceci, pour lancer le débat, au sens que je donne à cette expression dans mes publications et dans ma pratique professionnelle.

J’ai précisé mon concept du Leadership Humaniste, dans ce petit article. Pour le résumer de la manière la plus synthétique, en une phrase et un petit schéma :

Le leader humaniste entraîne les autres dans une dynamique positive, c’est-à-dire au service d’une mission légitime et de valeurs humaines exprimées. Il prend en compte avec bienveillance, au cœur de son action, les personnes concernées et ce qu’elles vivent.

L’une des spécificités de ce concept, c’est qu’il n’est pas réductible à des normes : le leadership humaniste peut s’exprimer dans tous les styles, toutes les personnalités. Je ne crois pas non plus qu’on puisse, pour le sujet d’aujourd’hui, l’attribuer ou le dénier à un programme politique plus qu’à un autre – le Front National fait peut-être exception, plus par son identité historique que par son programme lui-même (pour autant qu’il en ait un).

Emmanuel Macron donc, jamais élu, ayant créé son mouvement il y a à peine un an, gagne l’élection présidentielle. Quel traits de leadership a-t-il manifesté ?

  • Plus ou moins bon en meetings, quelquefois même tourné en ridicule, il s’y est fortement investi jusqu’au bout – dénotant une énergie importante, et cherchant à exercer le maximum de charisme dont il est capable – vers la fin de la campagne, certains moments de ses discours m’ont semblé tout à fait bons dans l’attitude corporelle, la concentration du regard, le rythme de la parole, l’affirmation, l’appel aux valeurs.
  • Courage à nouveau dans sa capacité à accepter le contact dans les situations difficiles – l’exemple le plus marquant étant l’épisode Whirlpool.
  • Dans les débats, notamment celui de l’entre-deux tours, il a montré de la force  – il n’a visiblement pas eu peur, ne s’est pas laissé déstabiliser ni entamer, voire a flirté avec une attitude de supériorité.
  • Il a pris énormément de risques, à chaque étape (création du mouvement, démission, maintien du programme sans changement au deuxième tour, appel à la société civile pour les investitures des candidats aux législatives, …). Il a ainsi pris l’initiative, créé la surprise plus souvent qu’à son tour.

Bien sûr, tout candidat à l’élection présidentielle cherche à exercer un leadership. Mais on n’a pas vu Marine le Pen chez les bobos, ni Mélenchon chez les cadres. Fillon et Le Pen avaient de petits problèmes de légitimité. Quant à Benoit Hamon, s’il a gagné les primaires de la gauche sur des réflexions audacieuses – le revenu universel – il s’est trouvé enfermé dans un cocon socialiste qu’il avait lui-même rendu hostile auparavant, et rejeté par le solitaire Mélenchon. Pas assez de prise de risque, peut-être..

Énergie, efforts de charisme, courage, force, prise de risque, légitimité : les composantes essentielles du leadership sont là. Quoi qu’il en soit, Macron a manifestement entraîné. Au vote bien entendu, mais également dans la mobilisation physique de ses supporters – son mouvement a été globalement le plus présent sur le terrain, tout en étant le plus récent.

Quid de la dimension humaniste?

  • il a joué la carte du management participatif – son programme a été co-écrit avec 30000 « marcheurs », bien sûr dans une orientation globale définie au départ.
  • il affirme et pratique la bienveillance – les consignes aux tracteurs et autres bénévoles étaient claires à ce sujet – (« on n’attaque pas sur ce registre, on ne répond pas à la colère, on reste toujours bienveillants »).
  • il met en scène (reportages, émissions, ..)  sa propre humanité : comportement ouvert dans les réunions, capacité d’autocritique ou autodérision, intérêt pour chaque interlocuteur, affection (on se fait la bise au QG Macron), tendresse familiale, mélange des âges (on l’a vu auprès d’enfants, de jeunes, d’adultes, de personnes âgées).
  • il fait appel, dans ce qu’il dit, à la raison.
  • il recherche un équilibre entre les gens ou les idées (droite-gauche, et le fameux « en même temps »).

Bien sûr il peut y avoir ici un effet « communication », bien que j’aie plutôt une impression d’authenticité. A nouveau, chaque candidat cherche bien sûr à « faire humain » – mais Fillon en visite à l’hôpital a paru totalement insensible face aux infirmières surchargées, et Le Pen souffrait d’un ancrage historique franchement peu humain, et qu’elle a choisi de confirmer par son agressivité. Quand à Mélenchon, sa nouvelle et joviale bonhommie n’a pas fait oublier à tous son agressivité toute récente.

Bref, Emmanuel Macron a fait jusqu’ici quasiment un sans-faute sur tous les marqueurs apparents du leadership humaniste – en tout cas selon le concept que j’en ai proposé.

Cela lui suffira-t-il à passer le cap des législatives, à « réussir le plus grand tour de magie du prestidigitateur Macron » (Libération de ce jour) ? Je n’en ai aucune idée. Tout peut échouer au dernier moment : gagner ou perdre les batailles n’a jamais été une garantie pour gagner, ou perdre, la guerre.

Cela suffira-t-il, s’il gagne, à en faire un bon leader ? Je n’en sais bien sûr rien. L’un des risques qui guette les vainqueurs solitaires, car Emmanuel Macron est seul en tête de son mouvement, c’est la concentration des pouvoirs. Un autre risque est la réaction, l’inertie du ou des systèmes – on voit déjà se former un front des râleurs, critiques, douteurs et mécontents de tous poils.

Au-delà des aléas tactiques ou stratégiques, un aspect du « Macron-blitzkrieg » qui me pose question plus particulièrement est son absence d’ancrage idéologique explicite. C’est bien sûr l’une des raisons de sa réussite : en France toute idée génère sa critique la plus violente et passionnée. Il a donc rassemblé les pragmatiques, les actifs, les optimistes, les gens ouverts à la négociation. Mais le pragmatisme ne suffit pas à construire une vision.

En réalité, on pourrait assez aisément rattacher le mouvement En Marche au libéralisme égalitaire de Rawls, au social-libéralisme, ou encore y rattacher la proposition conservatrice-libérale-socialiste de Leszek Kolakowski. On peut bien entendu en appeler à Paul Ricoeur, son maître en philosophie, qui a notamment écrit sur « les trois grands réductionnistes: Karl Marx,  Friedrich Nietzsche et Sigmund Freud« , ainsi que sur l’éthique individuelle et institutionnelle. Le fameux « en même temps » macronien, sonnerait sans doute agréablement aux oreilles de Ricoeur, qui préférait la dialectique aux oppositions. Macron lui-même en dit, et c’est très signifiant au regard de son actualité :

Il a marqué le courant de l’antitotalitarisme. On l’a trop oublié… Enfin, c’est l’un des philosophes d’Europe continentale qui a le plus pensé la philosophie délibérative. Il a réfléchi sur la possibilité de construire une action qui ne soit pas verticale (c’est-à-dire qui ne soit pas prise dans une relation de pouvoir), mais une action qui échappe dans le même temps aux allers-retours permanents de la délibération.

La frustration, c’est que presque rien de tout cela n’est dit ou argumenté en transparence; ce qui permet aux uns de le confondre avec l’ultralibéralisme, aux autres de le relier aux héritages marxistes. On pourrait avancer qu’Emmanuel Macron agit son idéologie et sa vision, plutôt que de la dire. Quand on le suit, on y va de bon cœur, mais on ne sait pas très bien où. Peut-être n’est-ce pas le rôle d’un Président que de philosopher; peut-être aussi, est-on simplement en train d’inventer quelque chose. Le but est le chemin, dit-on..

Affaire à suivre; en attendant et pour revenir au leadership dans un contexte professionnel, j’espère que cet exemple vous aura au moins persuadé que  le leadership humaniste, aujourd’hui, est une posture qui gagne !

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